J’ai souhaité aborder un thème qui me tient particulièrement à cœur en tant que diététicienne nutritionniste, celui de la malnutrition.
Véritable fléau dans les pays en voie de développement, notamment en Afrique, elle demeure une cause importante de mortalité des enfants de moins de cinq ans.

La famine en Afrique

 

 

Qu’est ce que la malnutrition ?

 

Elle correspond à un état pathologique provoqué par un déficit ou un excès des apports alimentaires en fonction des besoins de l’organisme.

Un apport alimentaire anormal peut provenir d’une nourriture en quantité inadaptée au besoin (apport calorique insuffisant ou au contraire excessif) ou de mauvaise qualité (provoquant des carences nutritionnelles ou excès de graisses).
Les carences alimentaires qualitatives et quantitatives, souvent les deux, sont une cause très fréquente conduisant à un état de malnutrition.

 

Ses facteurs de risques

 

La malnutrition est multi-factorielle et multi-sectorielle : régime alimentaire inadapté, maladies, inégalité d’accès à l’eau potable et aux soins, sécurité alimentaire des ménages, environnement social, secteur éducatif…
Dans les pays d’Afrique, elle reste un fléau majeur, à l’inverse de celui qui touche les pays industrialisés, l’obésité.

 

Ses causes multi-factorielles

 

Une relation de cause à effet entre la malnutrition et le non-allaitement des nourrissons jusqu’à 6 mois a été mise en évidence.
Certains tabous culturels nuisent à l’équilibre alimentaire d’un enfant non-allaité : l’oeuf, par exemple, mais également les fruits et légumes n’entrent pas dans l’alimentation de l’enfant.
La lutte contre la malnutrition contribue aussi à éviter les carences.

Les carences les plus courantes sont :

– l’iode, qui induit chez le nourrisson et l’enfant un déficit mental et physique et des handicaps
– le fer, qui augmente les risques de mortalité maternelle et entraîne des troubles de la croissance du foetus avec un déficit pondéral à la naissance
– la vit. A, qui intervient dans le système immunitaire, le développement de la rétine et la croissance de l’enfant (peau, os, dent…)

L’aspect financier est un facteur à prendre également en compte car les mères travaillent. Elles confient leur bébé à une gardienne qui peut être une personne de la famille, une voisine ou une amie. L’enfant se retrouve alors fréquemment, peu voire sous alimenté par manque de temps ou de nourriture.

Cependant, dans la majorité des cas, la malnutrition d’un enfant est liée à l’ignorance totale des parents. En effet leur méconnaissance des bases d’une alimentation adaptée aux besoins et au développement de leur bébé joue un rôle prépondérant dans ce fléau.
Il existe donc une corrélation entre la croissance de l’enfant, son alimentation pendant ses 5 premières années de vie et son état de santé.

Les différents types de malnutrition

 

On distingue la malnutrition chronique et la malnutrition aigüe. Cette dernière se présente sous deux formes, la malnutrition aigüe modérée (MAM) et sévère (MAS)

La malnutrition chronique

 

Elle se calcule en fonction de la taille et de l’âge : T/A
Ses causes sont une alimentation inadaptée, un manque d’hygiène, des soins insuffisants…
Elle se décèle par un retard de croissance avec des conséquences à long terme.
C’est un indicateur de pauvreté et de vulnérabilité.

La malnutrition aigüe

 

Elle se calcule en fonction du poids et de la taille : P/T
Elle résulte d’un apport énergétique insuffisant, de pratiques d’allaitement et d’alimentation inadaptées ou d’une maladie récente.
Ses formes cliniques sont le marasme, le kwashiorkor ou encore les deux associés marasme-kwashiorkor

Le marasme se caractérise par une fonte musculaire extrême suite à la fonte adipeuse, « peau sur les os », ventre gonflé.
Le kwashiorkor, lui, se remarque par des œdèmes à différents endroits du corps, une peau craquelée et dépigmentée.
Pour plus d’infos sur le marasme et kwashiorkor, voir l’article La malnutrition en Afrique de l’ouest, Bénin

La renutrition rapide

 

Selon le degré de malnutrition, la prise en charge se fait au sein d’un foyer ou d’un centre de santé.

Les enfants souffrant de malnutrition aigüe modérée (MAM) sont accueillis dans des foyers où la renutrition se fait à partir de préparations culinaires enrichies.
Elles sont réalisées par les femmes du foyer, à base de produits locaux très nutritifs (farine de mil, lait, huile d’arachide, sucre…).

Lorsque l’enfant dépisté se trouve en situation de malnutrition aigüe sévère (MAS) il est transféré dans un district de santé (médecin, infirmier et sage-femme) où il bénéficiera d’une renutrition à base de Plumpy’Nut.
Le Plumpy’Nut est une pâte nutritive prête à l’emploi ne nécessitant pas d’eau pour être consommée. Ainsi, les risques sanitaires liés à l’eau non potable sont inexistants, les probabilités d’infections multiples sont moindres et la renutrition plus efficace.

Pour plus d’infos sur la renutrition dans les foyers, voir l’article La malnutrition en Afrique de l’Ouest : au Sénégal

Enda Tiers Monde en Afrique de l’Ouest

 

Enda, Environnement et Développement dans le Tiers Monde, créé en 1972, a tout d’abord été un projet de l’Institut Africain de Développement Economique et de Planification (IDEP) financé par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et l’Agence Suédoise pour le Développement International (ASDI).
Devenu une ONG à la fin des années 70, il est pionnier dans ses méthodes et ses thèmes d’intervention et sert de modèle à un grand nombre d’organisations encore présentes dans le monde du développement.

Elle se fonde sur trois axes stratégiques :

– contrer la vulnérabilité sociale, renforcer la participation citoyenne
– appuyer la gouvernance locale et le développement durable en favorisant l’action urbain/rural
– promouvoir les initiatives en éducation et formation et favoriser la scolarisation

Les Programmes de Nutrition mis en place par ENDA et dates clés

 

1973-1998 : Programme de Promotion des activités de Nutrition au Sénégal (PPNS)
Il a été mis en place après des années de sécheresse dans le pays. L’objectif était d’apporter un supplément alimentaire aux femmes allaitantes ou en âge de procréer.

1994-2001 : Programme de Nutrition Communautaire (PNC)
Il a été initié à la suite de la dévaluation du Franc CFA. Dans le but de prévenir les effets de la crise pouvant se répercuter sur l’état de santé des femmes enceintes ou allaitantes mais aussi des enfants entre 0 et 5 ans.
L’inconvénient majeur de ce programme a été son coût.
Une nouvelle proposition, centrée sur le changement des comportements des mères, est faite afin d’anticiper les effets de ces comportements.

Depuis 2003 est mis en œuvre le Programme de Renforcement de la Nutrition (PRN) pour une période de 10 ans.
Il vise l’adoption de 16 comportements clés concernant :

– l’alimentation
– le suivi sanitaire et la vaccination
– la prévention et les soins contre le paludisme

Pour mettre en place ce nouveau programme, l’Etat a reçu un financement de la Banque Mondiale. La Cellule de Lutte contre la Malnutrition (CLM) est créée par un décret présidentiel.

L’implication d’Enda ECOPOLE dans le Programme de Renforcement Nutrition (PRN) montre l’exemple de partenariat entre l’Etat, les ONG et les collectivités locales.

Enda et sa Cellule de Lutte contre la Malnutrition au Sénégal

 

En 2003, il créé une Cellule de Lutte contre la Malnutrition. Son plan d’intervention est lancé au niveau de 2 districts sanitaires : Dakar-Centre et Dakar-Ouest.

Son travail est principalement orienté vers la prévention des maladies chez l’enfant, la femme enceinte et allaitante.
Cette action de prévention passe par l’éducation, la sensibilisation, la communication et l’implication de la population du quartier ciblé.

Enda forme 76 femmes de la communauté pour animer un certain nombre d’activités et services avec l’appui de structures communautaires, afin d’informer les mères ou gardiennes des enfants.

Selon l’OMS :

« Il y a peu de temps encore, le traitement était uniquement dispensé dans des centres de santé, ce qui en limitait considérablement la portée et l’efficacité. De nouvelles données indiquent cependant qu’un grand nombre d’enfants atteints de malnutrition aiguë sévère peut être traité dans leur communauté même, sans avoir à être admis dans un centre de santé ou un centre d’alimentation thérapeutique.
En 2007, l’OMS, l’UNICEF, le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Comité permanent des Nations Unies de la nutrition (CPN) ont rendu publique cette déclaration jointe pour promouvoir la prise en charge communautaire de la malnutrition aiguë sévère. Selon ce document, environ 80% des enfants atteints de malnutrition aiguë sévère peuvent être traités à domicile grâce aux aliments thérapeutiques prêts à l’emploi.
Mise en oeuvre à grande échelle et associée au traitement en centres de santé des enfants malnutris souffrant de complications médicales , la prise en charge communautaire de la malnutrition aiguë sévère pourrait prévenir le décès de centaines de milliers d’enfants. »

Le programme de nutrition a débuté en 2003. Tableau des chiffres de prévalence de malnutrition en fonction du district et de l’année :

2003

2008

Centre

23,00%

7,00%

Ouest

13,00%

5,00%

Rappel de la classification de l’OMS quant aux différents seuils de la malnutrition.

classification malnutrition OMS

Le défi actuel pour la suite de ce programme est la pérennisation de ses activités mais également son appropriation par les collectivités locales.
Il nécessite une sensibilisation des élus pour une prise de conscience de leur part. La lutte contre la malnutrition est de leur ressort, les investissements doivent être pertinents, en rapport avec les besoins.