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Fin d’année 2013, voyage en terres inconnues dans deux pays d’Afrique de l’Ouest : le Sénégal et le Bénin.

Deux mois d’immersion qui ont permis d’observer les modes de vie, les coutumes et surtout les habitudes alimentaires de la population locale.

L’alimentation, ainsi que le rapport à la nourriture des personnes de ces pays, diffère indéniablement de celle de la France en plusieurs points.

Le Bénin, offre une diversité de paysages, mêlant des villes bruyantes et denses à la simplicité de lieux authentiques tels que le pays des Tatas Sombas, maisons traditionnelles isolées dans la cambrousse béninoise !

Le long de la route, plusieurs panneaux indiquaient la direction de centres de nutrition. A Ouassa-Tokpa, dans la commune de Possotomé, à 65km (à peine 2h de route…) de Cotonou, la capitale du Bénin, se trouve un centre tenant une place importante dans la région. Son principe est identique à celui des Foyers de Récupération Nutritionnelle à Dakar, au Sénégal.

 

Possotomé, au Bénin

 

Au bord du lac Ahémé, Possotomé se situe dans l’un des départements les plus défavorisés du Bénin, le Mono. Ses habitants sont essentiellement des pêcheurs ou des petits agriculteurs.

 

Les conditions de vie au Bénin

 

Durant la période charnière entre les deux saisons de pluies, le prix des aliments primaires augmente considérablement et ils deviennent hors de portée pour les villageois les plus démunis.

Situation qui a une incidence directe sur les possibilités de la communauté à se nourrir convenablement, tant qualitativement que quantitativement, induisant des répercussions régulières sur l’état nutritionnel de la communauté.

S’ajoute également à cette difficulté, des conditions d’hygiène qui se sont fortement dégradées. Début 1998, la peste porcine a sévi au Bénin durant 5 mois et a décimé le bétail porcin des villageois, les privant ainsi d’une source d’apport en protéines animales.

En parallèle, la natalité reste très élevée : sur 10 000 habitants, 50 % sont des enfants dont moins de la moitié sont scolarisés.

Dans la région du Mono, les conditions de vie pour les populations des villages lacustres sont très difficiles et souvent mortelles pour les très jeunes enfants sous-alimentés ; le taux de mortalité infantile est très élevé.

Les structures de santé sont insuffisantes, un seul médecin pour 60 000 habitants à Bopa (à 10 km de Possotomé), un seul infirmier pour 10 000 habitants et un dispensaire sommaire à Possotomé.

Cependant, la commune possède une terre fertile grâce à son climat humide et chaud et bénéficie d’une eau de bonne qualité (c’est ici que l’eau minérale naturelle du Bénin est mise en bouteille).

La culture animiste, qui favorise la notion de collectif et d’entraide au sein de la communauté, est encore fortement ancrée dans la culture des villageois.

 

Malnutrition en Afrique : le Centre D’Ouassa-Tokpa au Bénin

 

Créé début d’année 1999, le Centre de Nutrition a pour mission de recueillir les enfants malnutris de la région, de sensibiliser les mères à une alimentation adaptée au développement de leur enfant et d’élaborer un programme de prévention contre la malnutrition.

Un béninois, François HOUESSOU, est à l’origine de cette initiative. Natif de Ouassa-Tokpa, il est revenu dans son pays, après avoir vécu 20 ans en France, pour participer au développement de sa région et donner à chaque enfant la même chance de survivre.

Il a crée un hôtel-village aux abords du lac Ahémé et grâce aux bénéfices générés, le centre a pu voir le jour.

Pour la première année, l’activité a débuté au sein même de l’hôtel-village, dans un local de 9m2 !

En janvier 2000, le Centre de Nutrition d’Ouassa-Tokpa ouvre ses portes.

 

 

 

 

Objectifs spécifiques du centre

 

Le premier demeure le dépistage de tous les cas de malnutrition aigüe (sévère et modérée) afin d’assurer une prise en charge et un meilleur rétablissement, tant sur le plan physiologique que psychique.

Le centre a également mis en place un suivi de la croissance au niveau de la communauté et a instauré des séances d’éducation nutritionnelle et sanitaire au sein du centre ainsi que dans les villages alentours.

Le dernier objectif est de remédier aux problèmes économiques (gestion du budget alimentaire familial, développement de l’artisanat local et création d’emplois).

 

Les bénéficiaires

 

La structure accueille les mères allaitantes et leurs nourrissons en situation de malnutrition ainsi que les enfants orphelins.

En décembre 2013 se trouvaient au centre :

sept orphelins âgés de 14 à 17 ans, arrivés dès sa création, ils sont scolarisés et rentrent au centre tous les soirs

  • trois jeunes enfants malnutris en phase de récupération
  • quatre enfants dont la renutrition a porté ses fruits, ils devaient rejoindre leur famille Louise, 7 mois, est arrivée au centre d’Ouassa-Tokpa fin novembre suite au diagnostic d’une malnutrition aigüe sévère mixte (marasme associé à un kwashiorkor). Son poids à l’arrivée était de 2 kg, 3 semaines plus tard elle pesait déjà 2,700 kg

 

 

Claire, 10 mois, souffrait de malnutrition aigüe sévère accompagnée de marasme. Aujourd’hui rétablie, elle profite d’une douce sieste.

 

 

L’avenir du centre

 

Firmine, ainsi que six autres femmes travaillent dans le centre. Au début de l’activité elle était aide-nutritionniste, mais son expérience fait qu’aujourd’hui elle a acquis des connaissances et une pratique lui permettant de travailler comme une nutritionniste.

 

 

Seule Firmine est qualifiée pour prendre en charge les enfants en situation de malnutrition.

 

Une femme du village préparant un biberon hyper-nutritif à base de farine de mil. Sur son dos, une petite orpheline de 6 mois en phase de renutrition et à ses côtés Armand 3 ans, orphelin lui aussi.

 

Louise, dans les bras de Morphée avec une femme du centre.

 

Au cours de ces douze années, plusieurs médecins ont apporté leur contribution, généralement pour une durée d’un an, permettant au centre d’exister et d’avoir une réelle action.

Malheureusement, aujourd’hui il en est autrement. Après avoir connu un âge d’or sur le plan touristique, le Bénin est désormais confronté à un important déclin dans ce domaine et l’hôtel-village Ahémé n’arrive plus à financer les besoins du centre.

Sa fermeture était programmée pour la fin d’année 2013. Firmine expliquait que les dons n’ont pas été pas suffisants pour payer le personnel ainsi que les médicaments et autres soins nécessaires pour la prise en charge.

Elles sont obligées de quitter les locaux, mais il n’est pas envisageable pour ces femmes de perdre ce qu’elles ont réussi à construire durant toutes ces années.

Une autre structure doit ouvrir non loin de là. Avec cinq des autres femmes du centre (la sixième étant trop âgée, elle cesse son activité) elles ont réussi à trouver un endroit pour s’installer et espèrent continuer leur mission via ce nouveau centre de nutrition.

Encore une fois, la méconnaissance des parents de l’alimentation à donner à leurs enfants, engendre des problèmes de malnutrition importants. Firmine racontait qu’il est difficile d’éduquer et surtout de leur faire comprendre les règles d’hygiène élémentaires et toute l’importance de l’alimentation pour le bon développement de leur bébé. Souvent, aveuglés par leurs croyances animistes, ils attribuent les conséquences de la malnutrition (marasme ou kwashiorkor) à la sorcellerie…

Une admiration certaine pour ces hommes et ces femmes qui passent nuit et jour auprès de ces enfants avec la volonté de les sauver.

Ils donnent de leur personne sans compter et partagent leurs connaissances dans l’espoir de réussir, peut-être un jour, à vaincre la malnutrition.